Le parcours d’un entrepreneur est fait de rebondissements avec ses hauts et ses bas. Tous les plus grands ne sont pas parvenus au sommet sans connaître de désillusions ni sans acharnement. Steve Jobs s’est fait renvoyer d’Apple avant d’y revenir en héro, Jeff Besos travaillait sur un bureau en carton, le logo d’Amazon dessiné au feutre avant de devenir l’un des hommes les plus riches du monde… Nombreux sont les exemples que l’on pourrait encore citer.

Aujourd’hui, l’entrepreneur que nous mettons à l’honneur est français, que dis-je, il est Auvergnat ! Peut-être loin du classement Fortune 500, mais il a le mérite de croire en ses rêves, de croire en lui, de croire en ses collaborateurs. J’ai posé mes questions à Charles Marginier, co-fondateur du média FireRank et entrepreneur avant tout. Voici son histoire :

 

Qui se cache derrière l’entrepreneur aux 12 millions de fans ?

Q : Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

 

R : Je m’appelle Charles Marginier et je suis auvergnat – J’aime à le dire, car je suis natif de la région et j’ai toujours créé mes sociétés ici. – Je suis diplômé d’une école d’ingénieur spécialisée dans le développement informatique. L’automatisation des tâches chronophages et à faible valeur ajoutée m’a toujours passionné. Depuis que je suis enfant, je cherche à créer des systèmes économiques qui génèrent de l’argent de manière autonome.

A vrai dire, devenir entrepreneur n’était pas une vocation pour moi. Je suis tombé dedans à l’instar d’Obélix dans la potion, sans le vouloir. Je n’avais pas d’idée précise, je ne me suis pas réveillé un matin en me disant « Je l’ai ! ».

 

Devenir entrepreneur n’était pas une vocation

 

Aujourd’hui j’ai déjà créé 5 sociétés, toutes dans la continuité de la précédente. A 15 ans, sur un internet très différent de celui que l’on connaît, j’avais acquis ma première communauté qui dépassait les 10 000 personnes. Puis, par la suite j’ai compris tout l’intérêt de penser avec l’approche de l’audience, en faisant grandir sa communauté et en interagissant avec.

Pour réussir, il faut acquérir et fidéliser ses fans de manière massive. Il ne faut pas croire que les résultats arrivent sans effort. Sous l’iceberg se cache un travail de fond. FireRank est en réalité, la continuité de 10 ans de travail, de création d’audience et de fidélisation.

 

Je pense qu’il ne sert à rien de courir après l’idée du siècle (quelqu’un l’a déjà eu avant vous), je pense qu’il faut appréhender son propre domaine de compétence. Il faut construire son idée en fonction de ses forces, s’accrocher à son domaine de compétence, ne rien lâcher et y arriver.

 

Une agence de communication aux multiples compétences, puis le lancement d’un média.

Q : Il n’y a pas de doute, maintenant tu es un entrepreneur. Peux-tu nous parler des différentes étapes que tu as traversées ?

 

R : En 2008, j’avais lancé un e-commerce dans le prêt-à-porter, un échec incontestable (rire), mais c’est du passé et aujourd’hui c’est grâce à ça que je continue l’aventure. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment fait la rencontre de Facebook. J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’une solution géniale pour drainer de l’audience.

A l’époque, les réseaux sociaux n’étaient pas aussi développés qu’ils le sont aujourd’hui. Les règles n’étaient pas aussi strictes et la place donnée aux entreprises pas aussi restreinte.

 

Les réseaux sociaux sont une solution géniale pour drainer du trafic.

 

Fort de l’expérience du site e-commerce, nous avons lancé l’agence Dixia qui nous permettait d’être plus stable, avec des revenus récurrents, des contrats, des clients…

En parallèle de notre agence de communication, tout ce qu’il y a de plus standard dans le domaine, je m’amusais à créer des mini sites de « buzz ». Une vingtaine au total. Le principe était de ramener du trafic sur ces sites grâce aux réseaux sociaux. Une fois les internautes présents sur le site, je gagnais de l’argent grâce à la publicité tout simplement… c’est à ce moment-là que nous avons décidé de lancer FireRank.

A la base, il s’agissait d’un site de classement (multi catégories) où notre communauté votait. Le principe était de proposer de la prédiction de données grâce à des algorithmes informatiques que nous avions nous-mêmes créés (bien utile le diplôme d’ingénieur informatique. ndlr)

 

La donnée bien exploitée est la clef du succès

 

Mais nous avons vu le marché évoluer très rapidement et il a fallu réagir. Les autres concurrents (sites de buzz) ont commencé à se transformer en médias, car les audiences passaient plus de temps sur les réseaux que sur les sites. Nous avons vu une véritable modification des usages. De moins en moins de personnes sortaient des réseaux sociaux et allaient même jusqu’à consommer sur place.

 

Nous aurions pu continuer de surfer sur notre trafic (plusieurs dizaines voir centaines de milliers de visiteurs par mois), mais pour combien de temps ? Ou alors nous pouvions pivoter. C’est cette deuxième option que nous avons retenue. Nous avons donc pris la décision de fermer le site FireRank pour n’être plus présent que sur les plateformes sociales.

 

Comment constituer une audience sur les réseaux sociaux ?

Q : En 3 ans tu as réussi à acquérir plusieurs millions de fans, un exploit aujourd’hui lorsque l’on connaît les difficultés liées à la baisse du reach organique, penses-tu qu’il est encore possible d’obtenir autant de fans sans dépenser des milliers d’euros en publicité ?

 

R : Les règles ne sont plus les mêmes, mais tout est encore possible. Il y aura toujours quelque chose à faire sur les réseaux sociaux.

La donnée bien exploitée est la clef du succès et les réseaux sociaux sont l’exemple parfait des sociétés qui savent exploiter leurs données. Ce n’est pas un hasard si la portée des pages d’entreprises diminue, il s’agit simplement d’une demande des utilisateurs.

Mais lorsque l’on pense à toutes ces choses extraordinaires qu’il nous est possible de faire avec les réseaux sociaux, je pense que financer son audience avec des publicités n’est pas une mauvaise chose. Du moment où l’audience reste captive et interagit avec nous (ce qui est le plus dur), le moyen d’acquérir son audience importe peu.

L’important à comprendre pour obtenir des résultats sur les réseaux sociaux, n’est pas la manière d’attirer ses fans, mais la manière de les exploiter. Est-ce que le message que vous faites passer pour les attirer est le même par la suite ? Il faut garder cette cohérence.

 

Le secret de la réussite sur les réseaux sociaux.

Q : Peux-tu nous donner tes conseils pour réussir sur les réseaux sociaux ?

 

R : (Rire) Il n’y a pas de recette miracle. Il faut travailler sur la durée pour réussir. J’aime comparer les réseaux sociaux aux moteurs de recherches quelques années en arrière. J’y trouve beaucoup de similitudes.

Je pense qu’il faut remettre en question ses acquis de manière régulière. Par exemple, le métier de community manager a évolué, il n’est plus celui du début qui consistait à partager des contenus. Il est beaucoup plus stratégique, on parle maintenant de Social media manager. Il faut sans cesse se mettre à la page des modifications de chaque plateforme pour ne pas être pénalisé…

Comme pour le référencement d’un site internet, il ne vous viendrait pas à l’idée de le gérer seul, la réussite sur les réseaux sociaux nécessite elle aussi une expertise.

Mon conseil est donc de faire confiance à des experts.

 

Comment générer de l’argent avec les réseaux sociaux ?

Q : Pour beaucoup d’entreprises, les réseaux sociaux sont essentiels, certaines souhaitent même les exploiter pour générer des profits, il s’agissait de ton business modèle, comment cela fonctionne ?

 

R : Oui en effet, l’ensemble des pages du groupe FireRank qui comptabilisait 12 millions de fans nous permettait d’en vivre. Nous avions réussi à constituer une équipe de 30 personnes en 3 ans. Le modèle économique était très simple :

Les premiers mois, nous avions toujours notre site internet et suffisamment de trafic pour vivre des publicités.

Par la suite, à la clôture du site internet, nous avions axé notre stratégie sur le brand content et principalement avec du contenu vidéo. Les marques faisaient appel à nous pour faire la promotion de produits.

 

Q : Cela fait référence à un terme qui revient de plus en plus : la notion d’influenceur. Qu’en penses-tu ?

 

R : Oui en effet. Pour ma part je vois les réseaux sociaux comme une grande place publique sur laquelle les gens parlent. Instinctivement, ils ne viennent pas dans une démarche d’achat (sauf achat impulsif), mais lorsqu’ils écoutent ces leaders d’opinion ou influenceurs, leur comportement est différent.

L’influenceur va permettre de drainer de l’audience, mais aussi de vendre directement un produit. Imaginez, un de vos amis vient vous parler du dernier produit qu’il a acheté et vous le conseille, quelle est votre réaction ? Vous lui faites confiance, c’est le même sentiment avec les influenceurs.

Pour moi il s’agit de la prochaine génération de média. Ce lien émotionnel qu’il est très difficile de retrouver avec une entreprise fait la particularité et la pertinence des influenceurs. Le contenu diffusé par des personnes est beaucoup plus fort que celui diffusé par l’entreprise. Il faut donc devenir un média d’influence sur les réseaux sociaux pour pouvoir toucher son audience et interagir avec.

 

L’avenir de FireRank

Q : Il y a quelques mois, Facebook a décidé de fermer la page de FireRank un peu à la surprise générale, que se passe-t-il aujourd’hui pour toi, ton équipe, ton entreprise ?

 

R : Au début nous avons encaissé le coup, ce n’était pas facile. Mais il a fallu se relever et rebondir, comme tout entrepreneur le ferait. Nous nous sommes tristement séparés d’une partie de l’équipe et nous avons lancé de nouveaux projets.

Pour faire le deuil, il fallait se concentrer sur la suite. Nous avons donc créé l’application Oh My Quizz, que nous avons revendue depuis. Et maintenant, nous travaillons sur un laboratoire d’idées lié au digital, aux médias, pour refaire émerger une idée qui sera le conglomérat des expériences passées pour continuer à garder ce fil rouge.

 

Le conseil de l’entrepreneur aux entrepreneurs

Q : As-tu un conseil à partager à nos lecteurs, des dirigeants comme toi et moi ?

 

R : Je dirai qu’avant tout, il faut rester objectif, ne pas prendre de décision émotionnelle. Bien évidemment, il faut croire en ses choix et y aller jusqu’au bout. Une remise en question permanente est nécessaire, ne jamais se dire que tout est acquis ou que nous avons réussi.

J’aime bien prendre un ratio pour parler des entrepreneurs : 90% terre à terre, c’est-à-dire aller chercher l’argent là où il est, et 10% de folie pour garder cette étincelle qui nous pousse à continuer malgré les galères, les déceptions et les désillusions.

Il ne faut pas s’attacher à une entreprise comme à une personne physique. Je pense qu’une aventure est faite de hauts et de bas et il faut savoir naviguer en toutes circonstances et repartir sur autre chose le moment venu. Il ne faut jamais rien regretter, d’ailleurs je ne regrette pas les choix que nous avons faits avec FireRank (même s’il y a eu quelques erreurs).

Jérémy Paille

Fondateur de l'agence d'Inbound Marketing Hexagone Stratégie et entrepreneur fanatique du digital. Je déploie des stratégies de marketing digital dont le but est d'atteindre les objectifs de mes clients. Ma passion pour mon métier m'ouvre aujourd'hui les portes de la formation en université, en école et en entreprise.

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